
- La maison de Château-Châlon.
"Je suis un menteur-né."
Clavel à Adeline Rivard, dans Bernard Clavel, qui êtes-vous ?
"Mon expérience est celle d'un homme qui
s'est battu et se bat pour vivre ; qui voit des gens sans cesse aux
prises avec des problèmes."
idem
"Jamais je n'ai écrit quelque chose qui se situait là où je vivais."
Bernard Clavel, dans l'émission Un siècle d'écrivains.
La magie des lieux opère de préférence à distance.
Clavel, l’homme aux quarante déménagements, le dit bien ci-dessus.
Elle a ceci de particulier qu’elle n’est pas automatique : il
n’existe sans doute pas de lieu qui soit "magique" pour tout le monde ;
il l’est pour tel ou tel, ou pour tel à un moment de sa vie.
Château-Châlon n’est donc pas magique, malgré les apparences.
Bernard Clavel en fait l’expérience lorsqu’il s’installe là en 1970,
dans une belle maison de pierres en-dessous de l’église du village, qui
surplombe la vallée de la Seille et le pays de Bresse.
Il revient dans la région de son enfance pour, pense t-il, y finir ses jours.
Mais il revend cette maison "invivable" cinq ans plus tard, sans y avoir trouvé une once d’inspiration.

Il
est né à Lons-le-Saulnier -la ville de Paul-Émile Victor- le 29 mai
1923. Dans Les fruits de l’hiver (prix Goncourt 1968), il raconte la vie
de ses parents boulangers qui "sont morts en pensant qu[’il serait] un
raté". La maison familiale se situe 25 bis rue des Écoles.

L’enfance
de l’écrivain est bercée par les récits d’avant-guerre de son père, les
aventures africaines et orientales de son oncle et de sa tante Léa (de
Dole, comme la tante Léa de son compatriote et ami Marcel Aymé), les
livres de Pergaud, autre compatriote, de Dorgelès, Rolland,…

À
quatorze ans, il refuse de continuer l’école et quitte Lons pour Dole,
où il devient apprenti-pâtissier pour deux années. Deux années
d’exploitation, d’humiliation… et d’exploration.

La
guerre le voit exercer mille métiers à Lons, Annecy, Lyon, et entre
deux, la peinture et l’écriture, puis s’engager dans le maquis du Jura.
Après avoir lu La retraite de Russie de Hugo, il décrit en alexandrins
la débâcle de 1940. Sa mère corrige les fautes d’orthographe. Bientôt,
pour son premier amour, il écrit des tonnes de poèmes.

En
1945, marié, il s’installe à Vernaison, un peu au sud de Lyon : d’abord
dans un entrepôt, puis dans la maison Prénat, puis dans un bâtiment
voisin de la ferme Berthier, enfin à la Croix-du-Meunier. Il travaille à
la toute nouvelle Sécurité sociale… pendant neuf ans. Le Rhône guide sa
plume et lui inspire en particulier ses deux premiers romans publiés :
L’Ouvrier de la nuit, en 1956, et
Pirates du Rhône.
Il quitte Vernaison pour Lyon [
1], et la Sécu pour
Le Progrès de Lyon, en passant par la reliure.

Il
décide de n’être plus qu’écrivain et habite Chelles à partir d’octobre
1964 (mais là aussi, la magie des lieux n’agit pas), puis Brunoy à
partir de 1969.

De
1970 à 1975, son port d’attache est donc Château-Châlon, cadre du
Silence des armes. Tiennot, La Saison des loups (premier épisode des
Colonnes du Ciel) ont pour décor le Jura.
Son ami Michel Tournier -sédentaire, lui, depuis plus de quarante
ans !- dit de Clavel qu’il est un auteur "géographique" ; ses héros sont
poussés en avant par leur rapport à la terre.

Ensuite, c’est Villeneuve-sur-Yonne, dans la maison Les Relais.

Fin
77, invité pour une semaine au Québec, il s’y installe aux côtés de
Josette Pratte. L’épopée Les Colonnes du ciel comptera un cinquième
tome, non prévu à l’origine (et qui fait sortir le récit de la carte
Michelin n°70, dans laquelle se serrent les quatre premiers tomes) :
Compagnons du Nouveau Monde. Ses lieux de vie : Montréal et une ferme de
Saint-Télesphore, un de ses lieux les plus chers.

Retour
en Europe début 79 : l’hôtel de l’Abbaye, dans le 6e à Paris, la
banlieue de Bruxelles, le Portugal, Paris à nouveau, le hameau du
Pissoux dans le haut-Doubs, Morges près de Lausanne sur les rives du Lac
Léman (1981), l’Irlande (Doon House, près du lough Corrib, dans le
comté de Galway), Saint-Rémy-de-Provence, la Savoie, le Bordelais, puis
Morges à nouveau.
À voir aux alentours
Petite bibliographie
À lire absolument : la discussion rude et passionnante que propose Adeline Rivard dans Bernard Clavel, qui êtes-vous ? Éditions Pocket n°10838, 220 p., 2000.