jeudi 27 mars 2014

la lecture dans les trains

L'institut de sondage IFOP a réalisé pour le compte de Thalys une étude portant sur la mobilité en Europe, examinant les quatre pays traversés par le train - France, Allemagne, Belgique et Pays-Bas. Les pratiques des voyageurs sont auscultées et détaillées, offrant un intéressant panorama




Dans les usages, il faut remarquer que les Allemands semblent les plus mobiles, à 41 %, contre des Français encore à la traîne - 23 %. Mais les voyages en train sont pour tous des moyens d'évasion et de pause, selon 82 % des répondants. Et s'il faut trouver un point commun rapprochant les peuples de chaque côté du Rhin, Français et Allemands semblent tous deux apprécier le train à grande vitesse, à 38 % et 37 %. En revanche, les Néerlandais favorisent à 58 % la voiture.

« Le voyage fait rêver, aussi bien les séniors curieux de découvertes que les jeunes professionnels avides d'apprendre et d'échanger. Le regard, à cheval sur 4 pays, de Thalys nous a semblé intéressant à proposer. Le train offre en effet un point de vue unique sur les modes de vie comme sur les pratiques économiques. Les Européens ont beaucoup à partager » commente Franck Gervais, directeur général de Thalys International.

Or, ce que l'étude apprend, c'est que si les voyageurs sont 33 % à travailler, la lecture « reste l'activité préférée en train - 83% pour les journaux et les magazines, 75% pour les livres ». Et chose plus intéressante encore, ces chiffres concernent l'ensemble des quatre pays. Cependant, les personnes se retrouvent de plus en plus avec un jeu vidéo dans les mains, à 57 %. Et bien entendu, l'utilisation de tablettes et d'ordinateurs portables mobilise l'attention.

Voici le détail, pour la lecture de journaux ou magazines

Français 67 %
Allemands 80 %
Belges 71 %
Néerlandais 62 %

et pour la lecture de livres :

Français 62 %
Allemands 75 %
Belges 59 %
Néerlandais 47 %

Pour les déplacements professionnels en cumul des quatre pays, on trouve respectivement 82 % pour presse et magazine et 75 % pour les livres. Des chiffres similaires pour les déplacements personnels, sur la base des quatre pays, avec 82 % et 75 %.


"Tablettes de lecture et supports papiers se croisent à bord de nos trains, où l'on observe de plus en plus de liseuses"


Franck Gervais, CEO de Thalys, a accepté de répondre à nos questions, pour approfondir les questions d'usages au sein des trains de la société.

Quels sont les genres les plus lus dans le Thalys (prenant en compte que le train effectue des allers-retours Paris/Bruxelles, deux capitales de la BD) ?

Nous n'avons malheureusement pas de chiffres détaillés sur ce point, mais je peux vous affirmer que le roman reste un compagnon de voyage incontournable pour beaucoup de nos clients. La bande dessinée présente des fortes contraintes de format, pas forcément facile à glisser dans un sac, mais depuis notre poste d'observation on voit bien le succès grandissant du roman graphique. Ce matin encore la personne à côté de moi lisait un ouvrage de Guy Delisle.



Franck Gervais © David Plas

 
Quels ouvrages sont oubliés dans le train, en retrouve-t-on beaucoup, si oui, lesquels ?
Si les voyageurs laissent et partagent facilement leurs quotidiens et magazines, ils semblent rester très attachés au livre en tant qu'objet. Même quand il est terminé, et même quand on a une longue journée devant soi, on garde précieusement les livres ! Personnellement, je trouve le bookcrossing aussi fascinant que généreux, mais c'est un phénomène qu'on observe peu dans nos trains.
 

Existe-t-il des programmes de prêt de livres envisagé (prendre le livre à Paris, le rendre à Bruxelles, ou inversement) ?
C'est une excellente idée ! [NdR : de rien, c'est cadeau ; mais dans ce cas, ActuaLitté serait partenaire ?]
 

Assistez-vous à un développement de la lecture sur supports numériques ?
Effectivement, tablettes de lecture et supports papiers se croisent à bord de nos trains, où l'on observe de plus en plus de liseuses. Notre étude souligne que les voyageurs mixent les pratiques et les supports. Trois quarts de nos clients lisent un livre au cours de leur voyage, un sur deux joue sur un support numérique : ils sont nombreux à faire les deux !
Ce dialogue est très intéressant. À notre échelle, nous allons mettre en test cet automne une offre de e-presse à bord. Et ce serait formidable de pouvoir un jour proposer également des livres et des bandes dessinées.


L'étude a été réalisée auprès de 4025 personnes (un peu plus de mille par pays), entre le 24 juin et le 3 juillet. Elle est ici consultable dans son intégralité.

Etude Thalys IFOP : Mobiles, les Européens ? publié par

lundi 3 mars 2014

Jacques PRÉVERT (1900-1977)


Jacques PRÉVERT (1900-1977)

Sa biographie

Portrait de Jacques PRÉVERT
Jacques Prévert est un poète et scénariste français, né le 4 février 1900 à Neuilly-sur-Seine, et mort le 11 avril 1977 à Omonville-la-Petite (Manche). Après le succès de son premier recueil de poèmes, « Paroles », il devint un poète populaire grâce à son langage familier et ses jeux de mots. Ses poèmes sont depuis lors célèbres dans le monde francophone et massivement appris dans les écoles françaises. Il a également écrit des scénarios pour le cinéma.
Jacques Prévert naît au 19 de la rue de Chartres à Neuilly-sur-Seine (actuellement Hauts-de-Seine) le 4 février 1900. Il y passe son enfance. Son père André Prévert, fait divers métiers pour gagner sa vie et de la critique dramatique et cinématographique par plaisir. Il l’emmène souvent au théâtre et au cinéma. Suzanne, sa mère (née Catusse), l’initie à la lecture. Il s’ennuie à l’école, et dès 15 ans, après son certificat d’études, il la quitte. Il multiplie alors les petits travaux, notamment au grand magasin Le Bon Marché. D’abord mobilisé en 1918, son service militaire se poursuit à Saint-Nicolas-de-Port où il rencontre Yves Tanguy avant d’être envoyé à Istanbul où il fera la connaissance de Marcel Duhamel.
En 1925, il participe au mouvement surréaliste, qui se regroupe au 54 de la rue du Château près de Montparnasse. C’est en fait un logement « collectif » où habitent Marcel Duhamel, Raymond Queneau et Yves Tanguy. C’est Prévert qui trouvera le terme de cadavre exquis pour définir le jeu littéraire auquel ses amis et lui se livrent. Prévert est toutefois trop indépendant d’esprit pour faire véritablement partie d’un groupe constitué, quel qu’il soit. Il supporte mal les exigences d’André Breton, et la rupture est consommée en 1930. En 1932, il écrit les textes pour le groupe « Octobre » et il participera aux Olympiades du théâtre à Moscou.
Il est le scénariste et dialoguiste de grands films français des années 1935-1945, notamment « Drôle de drame », « Le Quai des brumes », « Le jour se lève », « Les Visiteurs du soir », « Les Enfants du paradis » et « Les Portes de la nuit » de Marcel Carné, « Le Crime de Monsieur Lange » de Jean Renoir, « Remorques et Lumière d’été » de Jean Grémillon. Il a, à deux reprises, adapté des contes de Hans Christian Andersen, d’abord « La Bergère et le Ramoneur » devenu « Le Roi et l’Oiseau », film d’animation de Paul Grimault en 1957, puis en 1964, « Grand Claus et Petit Claus », autre conte d’Andersen, à la télévision, « Le Petit Claus et le Grand Claus » de son frère Pierre Prévert.
Ses poèmes sont mis en musique par Joseph Kosma dès 1935 (À la belle étoile) : ses interprètes seront entre autres Agnès Capri, Juliette Gréco, Les Frères Jacques, Yves Montand. Son recueil « Paroles », publié en 1946, obtient un vif succès.
Il écrit des pièces de théâtre. Son anticléricalisme, parfois violent, est souvent occulté par le public, au profit de ses thèmes sur l’enfance et la nature.
Sa fille Michèle naît en 1946. Il épouse Janine Tricotet en 1947.
Le 12 octobre 1948, il tombe d’une porte-fenêtre, et reste plusieurs jours dans le coma.
Son domicile parisien est situé dans le quartier de Montmartre, au fond d’une petite impasse derrière le Moulin Rouge, sur le même palier que Boris Vian.
Son domicile secondaire est à Antibes, mais, à la suite de la résiliation de son bail par le propriétaire qui souhaitait récupérer l’appartement des remparts et n’ayant pu obtenir le soutien du maire pour le garder, il doit quitter Antibes. Sur les conseils du décorateur Alexandre Trauner, il achète alors une maison en 1971 à Omonville-la-Petite, dans la Manche. Le 11 avril 1977, il y meurt des suites d’un cancer du poumon, lui qui avait toujours la cigarette à la bouche. Il avait 77 ans.
Aux côtés de sa femme, de sa fille et d’Alexandre Trauner, il est enterré au cimetière d’Omonville-la-Petite, où l’on peut également y visiter sa maison. Non loin de là, à Saint-Germain-des-Vaux, ses amis ont aménagé un jardin dédié au poète.

vendredi 21 février 2014

Quel bénéfice retirent l’enfant et l’adulte à “ partager ” un conte ?

Lecture

Qu’apporte la lecture de contes aux enfants ?

Poule_PlumetteMEA

Les parents peuvent avoir envie de préserver leur enfant des histoires et des contes qui font peur. Mais s’ils étaient plus structurants qu’effrayants ? Entretien avec Michel Develay, professeur émérite à l'Université Lyon II et fervent raconteur de contes à ses petits-enfants…

Quel bénéfice retirent l’enfant et l’adulte à “ partager ” un conte ?

Michel Develay : Pour cerner toute la portée du conte, il faut d'emblée distinguer son mode d'écriture de son contenu. Dans le conte, le schéma narratif introduit nécessairement un suspense. Ce qui, pour les enfants, est toujours intéressant.

Ce suspense, en général, se conclut de façon positive. Ces ingrédients, suspense et fin heureuse, sont les meilleurs pour tenir en haleine un enfant et, finalement, le rassurer.

À ce titre, peut-on parler de valeur pédagogique du conte ?

M. D. : Tout à fait. Le conte crée une relation de proximité bienveillante et attentive entre le (ra)conteur et celui qui l'écoute. Et quand bien même l'enfant traverse un schéma d'angoisse, il croise en cours de route un rêve, un idéal, qui l'enrichit.

Au fond, de quoi parle le conte ?

M. D. : De l'humain ! Les contes sont des histoires contrastées, dans lesquelles les personnages tiennent des rôles symboliques clairs. Grâce à ce trait de caractère, ils posent une éthique et pratiquent la morale… sans en faire ! En résumé, le conte est moral, sans être moraliste.

Cette morale, diffuse, est-ce ce qui distingue le conte de la fable ?

M. D. : La fable pose une morale conclusive distincte, ne relevant pas nécessairement de l'éthique. Ce que raconte le conte, c'est tout ce que l'on ne dit pas à un jeune enfant et qui, pourtant, occupe son inconscient : les fondamentaux de la nature humaine, à savoir l'inceste, la sexualité ou la castration

Le conte a donc aussi une valeur psychanalytique ?

M. D. : Pour conclure sur cet aspect, j'ai envie d'ajouter que le conte introduit le statut de l'enfant : en respectant son savoir sans brusquer ses connaissances, le conte inscrit l'enfant parmi les hommes.

jeudi 13 février 2014

Le plaisir de lire baisse chez les jeunes

Le plaisir de lire baisse chez les jeunes

 de 15 ans

Les Français étaient 61 % à aimer lire en 2009 contre 70 % en 2000.
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Les élèves de 15 ans, auxquels s'intéresse la dernière étude internationale Pisa pour l'OCDE, lisent de moins en moins par plaisir. En moyenne, parmi les pays de l'OCDE, en 2009, 37 % des élèves affirment ne pas lire par plaisir, selon l'organisation internationale. En Autriche et au Liechtenstein, plus de la moitié des élèves de 15 ans sont dans ce cas. À l'opposé, en Albanie, au Kazakhstan, en Thaïlande et en Chine, ils déclarent lire pour le plaisir à plus de 90 %. Les jeunes Français qui étaient 70 % à aimer lire en 2000 ne sont plus que 61 % en 2009. Ce résultat est d'autant plus inquiétant que la notion de «plaisir» est associée à de meilleures performances à l'école. L'effondrement, à quelques exceptions près, est mondial. Mais pourquoi la Bulgarie ou le Kazakhstan, pays moins avancés économiquement que la France, la Grande-Bretagne ou les États-Unis, les devancent dans cette notion de «plaisir de lecture» ? «C'est une question économique, répond-on à l'OCDE, dans ces pays, souvent moins développés, le livre est encore un objet parfois difficile à se procurer. La perception de la lecture y est donc plus positive.» Lorsqu'ils sont issus de milieux socio-économiques favorisés, les élèves sont 72 % à affirmer lire quotidiennement pour le plaisir, contre 56 % lorsqu'ils sont issus de milieux défavorisés. En France, la différence des résultats entre ces deux publics peut dépasser les 20 pour cent.
L'envie de lire est un prédicteur fort de réussite scolaire, toutes les études le démontrent, car la lecture reste nécessaire dans tous les domaines. La motivation est le point de départ : «Pour entrer dans cette tâche au départ abstraite et répétitive pour un enfant, il faut une certaine dose de motivation. Certains jeunes ne voient pas les enjeux de la lecture. Pour eux, c'est un outil purement scolaire et désagréable», explique Bruno Germain, de l'Observatoire national de la lecture. «Le plaisir, lui, ne se décrète pas. Il ne vient qu'avec la fluidité. On ne prend du plaisir que parce que c'est devenu facile de lire, on n'a plus d'efforts à faire. C'est une conséquence. Les enseignants emmènent régulièrement les enfants à la bibliothèque, les engagent à lire mais ils ont d'abord des objectifs plus scolaires, plus techniques. Le plaisir de lire dépend aussi des parents».

Une étude cantonnée au «papier»

Difficile de dire en dépit de cette étude si les élèves lisent moins. «Les jeunes lisent mais pas comme avant», expliquait le sociologue Bernard Lahire dans un récent article du CNRS, consacré à cette question. La «lecture scolaire» a en effet varié dans sa définition au cours de l'histoire. Aujourd'hui, il n'est plus possible d'apprendre seulement à «déchiffrer». Car il faut désormais comprendre ce qu'on lit, ce qui signifie savoir répondre, le plus souvent par écrit, à toutes sortes de questions sur les textes lus. Les exigences en matière de «savoir lire» sont donc variables selon les époques, affirmait-il. «Nul doute qu'à l'avenir, les nouvelles formes d'écrit sur écran produiront de nouvelles modalités du lire et de nouvelles définitions du “bien lire” ou de l'habileté à la lecture.» Il pointe aussi le fait que les enquêtes sur la lecture ne portent pas toujours sur la lecture sur Internet, grandissante chez les jeunes. Celle de l'OCDE s'est effectivement cantonnée à l'écrit «papier».

«La lec­ture reste fondamentale pour réussir»

Trois questions à Sophie Vayssettes, analyste à la direction Éducation de l'OCDE.
Pourquoi les élèves perdent-ils le goût de lire des livres ?
Le plaisir de lire s'est effondré partout dans le monde, sauf au Japon, entre 2000 et 2009. Il ne s'agit pas d'une question de pédagogie puisque cet effondrement est mondial. L'une des explications avancées, c'est que la lecture est concurrencée. Les jeunes passent de plus en plus de temps sur les réseaux sociaux, les jeux vidéo, etc. L'apparition des écrans ne date pas de 2000, mais l'offre de loisirs a beaucoup augmenté depuis ce temps. Le livre n'est plus le premier vecteur culturel. Il n'est qu'un média parmi d'autres.
L'envie de lire est-elle fondamentale pour réussir ?
L'envie de lire explique 18 % de la variation des performances scolaires dans l'enquête Pisa. Si on regarde la différence entre le quart des élèves qui dit apprécier lire et le quart qui n'apprécie pas, on compte un écart de trois années scolaires ! Le fait d'aimer lire et le fait d'obtenir de bonnes performances sont liés. La lec­ture reste fondamentale pour réussir, elle est partout nécessaire. Selon nos résultats, les grands lecteurs de fiction obtiennent les meilleurs résultats. Mais les élèves qui réussissent le mieux sont ceux qui utilisent différents types de lecture (BD, romans, journaux). Ceux qui ne sont focalisés que sur un seul type de lecture réussissent moins bien.
Va-t-on lire différemment à l'avenir ?
Il y a aujourd'hui tellement d'alternatives à la lecture pour découvrir et comprendre le monde qu'une baisse de la lecture classique n'est pas forcément étonnante. Cela dit, les jeunes ne lisent pas forcément moins mais différemment. Ils lisent peut-être moins les grands auteurs mais davantage de petits articles et informations, ce qui n'est pas toujours valorisé. C'est tout le paradoxe, la lecture est partout aujourd'hui, même sur les écrans, mais cette lecture numérique est différente.

mardi 11 février 2014

Parmi les seize écrivains les plus riches au classement Forbes, aucun n’est français.

   

Atlantico : Parmi les seize écrivains les plus riches au classement Forbes, aucun n’est français. Les Américains comme Stephen King, Dan Brown ou l’auteure de Fifty Shades of Grey, E.L. James, qui est en tête avec 95 millions de dollars, occupent le haut du pavé. Pourquoi les auteurs anglo-saxons se vendent-ils mieux que les autres ?

Mohammed Aïssaoui : Cela tient à la langue et aux habitudes de narration. L’anglais est tellement présent dans le monde que le marché est plus vaste pour eux. Un auteur français et son équivalent anglophone ne s’adressent pas à des marchés potentiels de même taille. Mais cela ne tient pas seulement à la qualité de la diffusion. L’approche littéraire a, elle aussi, son importance. Les anglo-saxons sont des raconteurs d’histoires ; tous les grands auteurs font du creative writing (ateliers de création littéraire), alors que jamais vous n’entendrez un Français dire qu’il est passé par là. En France, un écrivain n’apprend pas à écrire.
Le classement des auteurs, que ce soit celui des plus riches ou des plus lus, change très peu d’une année sur l’autre, et sera sensiblement le même dans cinq ou dix ans. En effet, ce sont des auteurs prolixes, voire des fabricants, qui publient trois à quatre romans par an, et chaque fois le succès de leur nouveau livre draine celui de leurs précédents : lorsque le nouveau est vendu, l’éditeur de poche publie le précédent, qui connaît un deuxième souffle. C’est ce qui est en train d’arriver à David Foenkinos, qui pourtant est un auteur littéraire, grâce à La Délicatesse, qui a eu un certain succès populaire.
Antoine Bueno : Il existe une bonne et une mauvaise explication. La mauvaise consiste dans l'auto flagellation toute française selon laquelle nous serions en pleine chute et que nous devrions imiter les États-Unis – contre-modèle absolu selon moi -, qui savent raconter des histoires, de manière efficace, à l'inverse de nous. Cela est faux. En France, nous faisons beaucoup de littérature mainstream, à savoir tout ce qui n'est pas littérature de genre. Cette littérature mainstream est celle dont on parle à la rentrée littéraire : romans d'atmosphère, sociaux, existentiels, etc. Bien évidemment, ces œuvres dont nous raffolons ne correspondraient pas à l'attente du marché américain. Mais nous proposons aussi de la littérature de genre, comme les Américains, à la différence près que celle-ci est minoritaire chez nous : policier, thriller, science-fiction, fantasy, etc. Ce qui, chez nous, est une niche, représente l'essentiel de la production littéraire américaine. Nos deux modèles sont tout simplement inversés.
Pour autant, nos auteurs de genre seraient-ils moins bons que leurs homologues américains ? Pas du tout, car nous avons d'excellents story tellers. Le nombre de publications en France est tel que même si nos auteurs de genre sont minoritaires, ils restent tout de même nombreux. Nos stars de la Série noire satisferaient tout à fait le public américain, et c'est là qu'on en arrive à la vraie raison de leur absence du classement des auteurs les plus riches : en littérature, comme dans tous les domaines culturels, la concurrence ente les anglo-saxons et le reste du monde est asymétrique. Les Américains en particulier, sont extrêmement protectionnistes, et empêchent la pénétration de produits culturels étrangers, à moins de les américaniser, comme cela est fait pour les films avec les remakes. Un auteur français, même s'il vend beaucoup, a très peu de chances d'être traduit aux États-Unis. Étant très tournés vers eux-mêmes, les Américains s'en tiennent à leurs propres auteurs.

Que manque-t-il aux auteurs français pour parvenir à des ventes aussi importantes que celles de leurs homologues anglo-saxons ? Cela tient-il uniquement à une diffusion moins importante à l’étranger ?

Mohammed Aïssaoui : Les faits parlent d’eux-mêmes : les auteurs français qui vendent le plus dans le monde, par millions, sont Marc Levy, Guillaume Musso, Katherine Pancol, etc. Michel Houellebecq vend aussi beaucoup, mais dans un registre différent, en racontant tout de même une société. Ce ne sont pas les romanciers intimistes qui fonctionnent, mais les raconteurs d’histoires.

Le succès systématique des romans des auteurs appartenant à cette liste Forbes signifie-t-il que pour qu’un livre rencontre le succès commercial, il doit répondre à des critères bien spécifiques ? Quels sont-ils ? Cela se fait-il au prix d’une certaine prévisibilité du contenu ?

Mohammed Aïssaoui : Il faut nécessairement une intrigue, un suspense et des rebondissements, de manière à en faire un « film écrit ». Cette « prévisibilité » peut donner lieu à des débats, mais ne confondons pas le classement des meilleurs ventes ou des auteurs les plus riches avec la qualité littéraire, au risque de tomber dans le snobisme. Ce sont deux choses totalement différentes. Chaque année, au Figaro, nous procédons au classement des livres les plus lus, sans pour autant porter un jugement qualitatif comme on le ferait pour des auteurs littéraires.
Les qualités de ces ouvrages littéraires sont autres que l’écriture. Le talent de Dan Brown, pour ne citer que lui, consiste à savoir raconter une histoire et à tenir en haleine des millions de lecteurs. Ne jugeons pas de la même manière des choses qui répondent à des besoins différents : Fifty Shades of Grey n’a pas été publié avec le Goncourt, ou autre, en ligne de mire, mais pour cibler un lectorat de jeunes mères amatrice de porno soft.
Antoine Bueno : Il s'agit d'une littérature efficace, comparable à l'écriture des séries télé. Il existe un certain nombre de techniques identifiées, systématiquement exploitées. Ces techniques peuvent être modulées à l'infini, mais elles restent les mêmes. Les livres de Stephen King fonctionnent très bien, mais il ne s'agit que de variations. Bernard Werber, dont seule la série des Fourmis a été traduite aux États-Unis, fonctionne sur ce mode.

Pourquoi les auteurs français sont-ils en général moins des « raconteurs d’histoires » que les Américains ?

Mohammed Aïssaoui : Cela est lié à l’histoire littéraire française. Le Nouveau roman, pendant un demi-siècle, a cannibalisé la littérature française. Il consiste à ne pas raconter d’histoire, mais à faire des descriptions. Tous ceux qui se sont mis à vouloir être écrivains se sont intégrés à ce moule, et la France n’a jamais vraiment développé les raconteurs d’histoires. Mais qui sait si dans vingt ou cent ans Marc Levy sera toujours lu ? Peut-être. On peut supposer avec un peu plus de certitude que Houellebecq le sera toujours, car il décrit une société à un moment donné de l’histoire de l’humanité. Stefan Zweig, dont les livres se vendent par milliers, était pris par ses contemporains pour un auteur sentimental…
Propos recueillis par Gilles Bouti

vendredi 7 février 2014

André Gide (1869-1951)


André Gide

(1869 - 1951)


Biographie d'André Gide :

Ecrivain français, issu d'une famille de la haute bourgeoisie protestante. Il s'affranchit de son éducation puritaine, dans les Nourritures terrestres, en 1897, en exprimant son goût pour la vie. Il subit à ses débuts l'influence des symbolistes et ses écrits de jeunesse restent sans succès. Il participe à la vie littéraire (L'Hermitage avec Paul Claudel, Henri Ghéon, Francis Jammes, Paul Valéry) et fonde la Nouvelle Revue Française (NRF) où il défend une école de la rigueur et du classicisme. En 1909, André Gide rompt avec Paul Claudel qui avait espéré le convertir au christianisme, mais vit une crise religieuse pendant la première guerre mondiale.

Dans "les caves du Vatican", roman burlesque publié à la veille de la guerre, André Gide expose sa théorie de l'acte gratuit, portée par son personnage célèbre, Lafcadio. En épigraphe, l'auteur a choisi une citation de Georges Palante: "Pour ma part, mon choix est fait, j'ai opté pour l'athéisme social". Il acquiert la notoriété après la guerre et a une grande influence sur de nombreux écrivains.

André Gide montre à la fois un désir de prendre parti dans les grands problèmes de son époque (contre le colonialisme, pour le pacifisme et le communisme…), tout en faisant preuve de méfiance pour toute forme d'engagement. Son enthousiasme pour le communisme s'éteint dans la douleur après son voyage en URSS qui l'amènera à dénoncer le stalinisme.

Bien qu'étant classique dans son style, André Gide rejette tout conformisme dans les idées. Sa personnalité est complexe, à la fois sensible et puritaine, tourmenté par le doute et l'inquiétude. Il refuse toute servitude familiale, sociale, religieuse pour mieux vivre dans l'instant et renaître chaque jour.
Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1947.
Bibliographie : Le traité de Narcisse (1891), Paludes (1895), Les nourritures terrestres (1897), L'immoraliste (1902), Prétextes (1903), Saül (1903), La porte étroite (1909), Retour de l'enfant prodigue (1909), Les caves du Vatican (1914), La symphonie pastorale (1919), Si Le Grain ne meurt (1921), Corydon (1924), Les faux-monnayeurs (1925), Voyage au Congo (1927), Les Nouvelles Nourritures (1935), Retour de l'URSS (1936), Journal (1939-1946,1950), Correspondance (1948-1964), Ainsi soit-il ou Les Jeux sont faits (1952).
Liens:
      gidiana.net
      alalettre.com - André Gide
      Un monde à lire - André Gide



Citations d'André Gide :

"Les choses les plus belles sont celles que souffle la folie et qu'écrit la raison. Il faut demeurer entre les deux, tout près de la folie quand on rêve, tout près de la raison quand on écrit."
(André Gide / 1869-1951 / Journal 1889-1939 / septembre 1894)

"La prière, croyez-moi, n'est souvent pour beaucoup que le besoin, quand on se sent seul, de parler à la seconde personne."
(André Gide / 1869-1951 / Prétextes / 1903)

"Le catholicisme est inadmissible. Le protestantisme est intolérable. Et je me sens profondément chrétien."
(André Gide / 1869-1951 / Journal 1889-1939 / 10 février 1912)

"La cruauté, c'est le premier des attributs de Dieu."
(André Gide / 1869-1951 / Les Faux-Monnayeurs / 1925)

"Je ne puis me satisfaire du nihilisme absolu de Roger Martin du Gard. Je ne m'en écarte pas, ne le repousse pas, mais prétends passer outre, le traverser. C'est par-delà, que je veux reconstruire. Il me parait monstrueux que l'homme ait besoin de l'idée de Dieu pour se sentir d'aplomb sur terre ; qu'il soit forcé de consentir à des absurdités pour édifier quoi que ce soit de solide ; qu'il se reconnaisse incapable d'exiger de lui-même ce qu'obtenaient artificiellement de lui des convictions religieuses, de sorte qu'il laisse aller tout à néant sitôt qu'on dépeuple son ciel."
(André Gide / 1869-1951 / 1889-1939 / 20 octobre 1927)

"Je suis un incroyant. Je ne serai jamais un impie."
(André Gide / 1869-1951 / Journal 1889-1939 / 6 novembre 1927)

"La bonne foi est une vertu essentiellement laïque, qui remplace la foi tout court."
(André Gide / 1869-1951 / Journal 1889-1939 / 13 décembre 1927)

"Moins le blanc est intelligent, plus le noir lui parait bête."
(André Gide / 1869-1951 / Voyage au Congo / 1927)

"La sagesse commence où finit la crainte de Dieu. Il n'est pas un progrès de la pensée qui n'ait paru d'abord attentatoire, impie."
(André Gide / 1869-1951 / Journal 1889-1939 / 15 janvier 1929)

"La foi comporte un certain aveuglement où se complaît l'âme croyante; quand elle échappe aux entraves de la raison, il lui semble qu'elle bat son plein. Elle n'est que dévergondée."
(André Gide / 1869-1951 / Journal 1889-1939 / 7 avril 1929)

"Les persécutions ont toujours eu lieu (ou presque), jusqu'à présent, au nom d'une religion. Que la libre pensée à son tour persécute, la religion trouve cela monstrueux. Mais peut-on vraiment dire qu'il y ait persécution ? J'ai toujours quelque peine à accepter pour vrai ce qu'on a tout intérêt à nous faire croire."
(André Gide / 1869-1951 / Journal 1889-1939 / 1er juillet 1931)

"Ce jeune musulman, élève de Massignon, qui vint un matin me parler et que j'envoyai à Marcel de Coppet : avec des larmes, des sanglots dans la voix, il racontait sa conviction profonde : l'Islam seul était en possession de la vérité qui pouvait apporter la paix au monde, résoudre les problèmes sociaux, concilier les plus irréductibles antagonismes des nations... Berdiaeff réserve ce rôle à l'orthodoxie grecque. De même le catholique ou le juif, chacun à sa religion propre. C'est au nom de Dieu qu'on se battra. Et comment en serait-il autrement, du moment que chaque religion prétend au monopole de la vérité révélée ? Car il ne s'agit plus ici de morale ; mais bien de révélation. C'est ainsi que les religions, chacune prétendant unir tous les hommes, les divisent. Chacune prétend être la seule à posséder la Vérité. La raison est commune à tous les hommes, et s'oppose à la religion, aux religions."
(André Gide / 1869-1951 / Journal 1889-1939 / 14 avril 1933)

"Le Temps d'aujourd'hui publie une longue lettre signée C. J. Gabel (…) Comment ce correspondant ne se rend-il pas compte qu'en citant les paroles de Paul : "Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures, car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu. C'est pourquoi celui qui s'oppose à l'autorité résiste à l'ordre que Dieu a établi, etc.", comment ne se rend-il pas compte que Hitler ne parlerait pas autrement ?"
(André Gide / 1869-1951 / Journal, 1er septembre 1933)

"Les gens gagnent à être connus. Insister et développer cette formule riche en enseignements. (…) Le chrétien qui constaterait que, somme toute, et à se bien examiner, il "gagne à être connu" - et le "bon Dieu" qui, seul, y perd."
(André Gide / 1869-1951 / Journal 26 août 1934)

"C'est un vase informe [le mot Dieu] à parois indéfiniment extensibles, qui contient ce qu'il plait à chacun d'y mettre, mais qui ne contient que ce que chacun de nous y a mis."
(André Gide / 1869-1951 / Les Nouvelles Nourritures / 1935)

"Il est bien plus difficile qu'on ne croit de ne pas croire à Dieu."
(André Gide / 1869-1951 / Les Nouvelles Nourritures / 1935)

"Le christianisme, avant tout, console ; mais il y a des âmes naturellement heureuses et qui n'ont pas besoin d'être consolées. Alors, celles-ci, le christianisme commence par les rendre malheureuses, n'ayant sinon pas d'action sur elles."
(André Gide / 1869-1951 / Journal 1889-1939)

"Nombreux sont ceux qui confondent mysticisme et spiritualité, et qui croient que l'homme ne peut que ramper, si la religion ne le soulève; qui croient que seule la religion peut empêcher l'homme de ramper."
(André Gide / 1869-1951 / Journal 1889-1939)

"Ce qu'il y a de plus extraordinaire peut-être dans le besoin de l'extraordinaire, c'est que c'est, de tous les besoins de l'esprit, celui qu'on a le moins de peine à contenter."
(André Gide / 1869-1951 / Journal 1889-1939)

"Croyez ceux qui cherchent la vérité, doutez de ceux qui la trouvent."
(André Gide / 1869-1951 / Journal 1889-1939)

"Il est certaine façon d'adorer Dieu qui fait l'effet d'un blasphème. Il est certaine façon de nier Dieu qui rejoint l'adoration."
(André Gide / 1869-1951 / Journal 1889-1939)

"Les lois et les morales sont essentiellement éducatrices, et par cela même provisoire. Toute éducation bien entendue tend à pouvoir se passer d'elles. Toute éducation tend à se nier d'elle-même. Les lois et les morales sont pour l'état d'enfance : l'éducation est une émancipation. Une cité, un État parfaitement sage vivrait, jugerait sans lois, les normes étant dans l'esprit de son aréopage. L'homme sage vit sans morale, selon sa sagesse. Nous devons essayer d'arriver à l'immoralité supérieure."
(André Gide / 1869-1951 / Journal 1889-1939)

"Il est bon de laisser croire à l'enfant que Dieu le voit, car il doit agir comme sous le regard de Dieu et faire de cela sa conscience."
(André Gide / 1869-1951 / Journal 1939-1949 / 10 avril 1942)

"Ces idées dont on croit d'abord ne point pouvoir se passer. D'où grand danger d'installer son confort moral sur des idées fausses. Contrôlons, vérifions d'abord. Naguère le soleil tournait autour de la terre ; celle-ci, point fixe, demeurait le centre du monde, foyer d'attention du bon Dieu... Et puis non ! C'est la terre qui tourne. Mais alors, tout chavire ! Tout est perdu !... Pourtant rien n'est changé que la croyance. L'homme doit apprendre à s'en passer. De l'une, puis de l'autre, il se délivre. Se passer de la Providence : l'homme est sevré.
Nous n'en sommes pas là. Nous n'en sommes pas encore là. Cet état d'athéisme complet, il faut beaucoup de vertu pour y atteindre ; plus encore pour s'y maintenir. Le "croyant" n'y verra sans doute qu'invite à la licence. S'il en allait ainsi : vive Dieu ! Vive le sacré mensonge qui préserverait l'humanité de la faillite, du désastre. Mais l'homme ne peut-il apprendre à exiger de soi, par vertu, ce qu'il croit exigé par Dieu ? Il faudrait bien pourtant qu'il y parvienne ; que quelques-uns, du moins, d'abord ; faute de quoi la partie serait perdue. Elle ne sera gagnée, cette étrange partie que voici que nous jouons sur terre (sans le vouloir, sans le savoir, et souvent à coeur défendant), que si c'est à la vertu que l'idée de Dieu, en se retirant, cède la place ; que si c'est la vertu de l'homme, sa dignité, qui remplace et supplante Dieu. Dieu n'est plus qu'en vertu de l'homme. Et eritis sicut dei. (C'est ainsi que je veux comprendre cette vieille parole du Tentateur - lequel, ainsi que Dieu, n'a d'existence qu'en notre esprit - et voir dans cette offre, qu'on nous a dite fallacieuse, une possibilité de salut.)"

(André Gide / 1869-1951 / Journal 1889-1939 / 1947)

"La Foi soulève des montagnes ; oui : des montagnes d'absurdités. Je n'oppose pas à la Foi le doute ; mais l'affirmation : ce qui ne saurait être n'est pas."
(André Gide / 1869-1951 / Journal 1926-1950 / 1947)

"Se passer de Dieu... Je veux dire : se passer de l'idée de Dieu, de la croyance en une Providence attentive, tutélaire et rémunératrice..., n'y parvient pas qui veut."
(André Gide / 1869-1951 / Journal 1939-1949)

"L'athéisme seul peut pacifier le monde aujourd'hui."
(André Gide / 1869-1951 / Journal 1939-1949)

"J'admire toutes les formes de la sainteté (encore que certaines me soulèvent le cœur)."
(André Gide / 1869-1951 / Ainsi soit-il /1952)

"L'homme est responsable de Dieu."
(André Gide / 1869-1951 / Journal)



"On a beaucoup ri d'un télégramme que Mauriac a reçu peu de jours après la mort de Gide et ainsi rédigé : "Il n'y a pas d'enfer. Tu peux te dissiper. Préviens Claudel. Signé André Gide"
(Julien Green / 1900-1998 / Journal 28 février 1951)

mercredi 5 février 2014

Le vieil homme et la mer de Ernest Hemingway

 

Ce roman d'Ernest Hemingway a été publié en 1952 sous le titre The Old Man and the Sea.
Ernest Hemingway obtiendra, en 1954, le prix Nobel de littérature.

Résumé du roman

Le roman met en scène deux personnages principaux : Santiago, un vieux et pauvre pêcheur cubain, et Manolin, un jeune garçon , qui malgré les événements récents croit toujours au vieil homme.
Santiago n'a attrapé aucun gros poisson depuis 84 jours. Les parents de Manolin qui trouvent que Santiago est malchanceux, interdisent à leur fils d'embarquer avec le vieil homme et le forcent à aller pêcher sur un autre bateau. En effet ce dernier ramène trois grosses prises en une semaine!
Laissant son jeune ami Manolin, le seul qui pourtant croit toujours en lui, le vieil homme décide de partir en mer, en quête de la prise qui lui vaudra à nouveau l'estime de ses pairs.
Loin des côtes, sa ligne se tend enfin. La chance semble tourner.  Fort de son expérience, Santiago réalise très vite qu'il s'agit là d'une prise hors du commun. Quel est donc ce poisson qu'il n'a pas encore vu ? Toute la nuit, il se laisse entraîner dans l'espoir de l'épuiser.
Le lendemain matin, le poisson remonte enfin à la surface.  Il s'agit d'un gigantesque espadon, tel qu'il n'en a jamais vu. Celui-ci, comme pour le provoquer jaillit devant lui dans toute sa splendeur. Puis il replonge aussitôt comme s'il n'était venu que pour le défier.
L'espadon est tellement fort qu'il entraîne la chaloupe du vieil homme loin des côtes et le pêcheur ne peut qu'attendre et espérer.
La bataille sera longue. Santiago sortira vainqueur de cette lutte épuisante, mais constatera, hélas à son retour à terre que les requins ne lui ont laissé que la carcasse de sa magnifique prise.
Leçon d'humilité devant le fait que l'homme qui a gagné peut aussi tout perdre.
Ce court récit a valeur de symbole. Il décrit le courage et la dignité d'un vieil homme et sa lutte acharnée contre le sort, contre son âge, contre son corps, contre la mort.  Il conte le respect du vieux pêcheur pour son adversaire :
«  Tu veux ma mort, poisson, pensa le vieux. C'est ton droit. Camarade, j'ai jamais rien vu de plus grand, ni de plus noble, ni de plus calme, ni de plus beau que toi. Allez, vas-y, tue-moi. Ca m'est égal lequel de nous deux tue l'autre ».    
Il évoque aussi l'amitié désintéressée et admirative et la fidélité du jeune garçon pour le vieil homme.